Isadora’s Weblog

novembre 21, 2007

bavardage – communautés

Classé dans : journal intime — by isadora38 @ 10:58
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Voilà je commence un blog, je dois donc me présenter. Dans la vie réelle, rien ne m’est plus difficile que de parler de moi. Je bute sur un immense blanc, comme si au fond je n’avais pas la moindre idée de qui je suis ; ou plutôt je suis incapable de mettre des mots dessus et de réduire l’écart entre le dehors et le dedans.

Je suis française née à l’étranger et de parents étrangers. Mais qu’on ne se méprenne pas, je suis une occidentale 100% pur sucre. Ici, je ne fais partie d’aucune communauté vraiment, enfin il s’agit surtout d’un sentiment. Les gens se fréquentent entre eux : bourgeois et français de souche partageant la même éducation, bobos de gauches, et par origine aussi. Alors peut-être que je ne me reconnais pas dans mes origines, mes parents sont trop singuliers pour en être de « bons » représentants de leurs pays d’origines. Ils les ont quittés parce qu’il ont trouvé une meilleure place ici, à deux, en France qu’ils n’auraient trouvé dans ‘l’un ou l’autre de leurs pays d’origine.

Ce n’est sûrement pas un hasard si les hommes que j’ai fréquentés étaient très souvent membres d’une communauté, pour pas dire d’une tribu ou clan.

Dans le même ordre je crois, mon frère ma sœur et moi avons été poussés à décrocher les diplômes des meilleures écoles française. Est-ce le reflet de l’ambition sociale de ma mère ou le sentiment d’une nécessité ? le désir de réussir ce qui est présenté comme “le mieux” est sans doute naturel chez un enfant, mais cela eclipse ses désirs propres. Sans doute que cette forme de réussite a rendu mes parents encore plus fréquentables qu’ils ne l’étaient dans la xénophobie ambiante, car celle-ci existe aussi pour les occidentaux étrangers.

Ma mère a toujours poussé ses enfants à choisir la sécurité, un bon diplôme lui semblait un être une sorte de filet de sécurité indispensable ; elle aurait volontiers choisi pour chacun de ses enfants le fonctionnariat. Comme si nous aurions été incapables de survivre grâce à nos seules capacités intrinsèques. Dire qu’elle avait confiance en nous… la confiance en soi s’apprend dès le berceau ; le « attention tu vas tomber » de la mère face au jeune enfant qui escalade une chaise pour la première fois n’est que le début d’un long et insidieux travail de sape.

 

Pour revenir aux communautés : j’ai connu de la bourgeoisie de province de droite (je m’y suis mariée ), et plus tard, et de beaucoup plus loin, la bourgeoisie marocaine, la bourgeoisie manouche (gitane, c’est un peu un non-sens de les appeler bourgeois, mais tout en étant des gens du voyage, ceux-là sont propriétaires de leurs terres, possèdent des maisons, exercent dans le commerce, se lèvent tôt pour aller travailler sur les marchés, les chantiers ou démarcher des clients, et appliquent leur propre code de savoir-vivre etc…), et la diaspora juive (mais ceux-là de loin et pas longtemps, pour avoir été maladroitement blessée par un qui me faisait sentir à quel point j’étais non grata chez eux, et alors qu’il en allait de même dans les autres communautés citées sans que cela pose de problème dans ma relation à l’autre – peut être parce que je n’ai vraiment été amoureuse que de cet homme juif jusqu’au bout des ongles mais ô combien charmant et attachant).

Accessoirement, être diplômé de telle école, c’est déjà faire partie d’une communauté. Quand je dis que je ne fais partie d’aucune, je mens.

 

novembre 18, 2007

Vertige

Classé dans : journal intime — by isadora38 @ 4:26
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J’ai ouvert un blog pour la première fois.

Pourtant je ne suis pas une grande adepte de la lecture de blogs; cette activité devient vite très chronophage, et inutile. Je découvre aujourd’hui l’étendue de cet univers des blogs, et j’ai le vertige; là-dedans je ne suis rien; une goutte d’eau dans l’océan tout au plus. Y aura-t-il seulement une personne pour me lire?

Il faudra que je commence par lire les autres, même si la plupart du temps je n’ai pas vraiment envie de les lire ou je lis mais en diagonale.
Je lis en diagonale parce que cela ne me “parle” pas. Je suis lectrice occasionnelle; à la réflexion, je n’accroche vraiment à une lecture que quand elle me renvoie à des préoccupations internes, quand elle fait écho à quelque chose que je porte en moi; il faut que ce soit suffisamment profond, sinon je ne suis pas dupe je crois. Parfois le texte est juste distrayant, drôle. Il m’arrive aussi de me raccrocher car je sens bien que le texte a une portée que je suis incapable de saisir par manque de culture et de capacité d’analyse littéraire, comme c’est le cas quand je lis le Salambo de Flaubert ou pire, sa Tentation de Saint-Antoine. C’est alors comme si l’oeuvre recelait une secret précieux, et qu’en la lisant, je m’en rapproche, ce qui serait de nature à me donner de la valeur.

Au fond ici ou dans la vraie vie, il semble ne pas y avoir d’échappatoire à ce que l’on est.
Je n’arrive ni à faire face à ma profonde solitude, ni à me lier suffisamment aux autres; et ici je ne pourrai trouver autrechose que le miroir de cette solitude, et peut-être que je ferais mieux de me taire.

1er jour

Classé dans : Non classé — by isadora38 @ 1:49
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C’est la première fois que j’ouvre un blog et je me sens presque intimidée.

On est dimanche et il fait froid, très froid. Mes mains sont presque violettes et mes pieds sont glacés – c’est le prix à payer pour arriver à faire quelques économies de chauffage cette année. Il fait tellement froid que le thé que je me suis préparé refroidit beaucoup plus vite que d’habitude; à peine versé qu’il est déjà tiède.

Ce week-end je suis seule. Mes enfants sont avec leur père. Mes enfants sont trois, un garçon et deux filles. J’ai encore pesté contre ma plus grande qui laissé sa doudoune à la maison, avec ce froid! elle lui préfère le manteau léger de chez DKNY qui est certes beaucoup plus stylé et à son goût – il faut croire que pour elle avoir froid est une notion secondaire par rapport à celle d’être à la mode. Et moi de risquer de passer pour une mère incompétente.

Depuis début octobre je passe l’essentiel de mes we sans enfants seule; du vendredi soir au dimanche soir. J’essaie d’apprivoiser cette solitude, d’arriver à la vivre sans trop sombrer dans une humeur dépressive. Je cours par tous temps, je médite, je dépense le peu de sous que j’ai, je lis un peu, et vais au cinéma à l’occasion. Je voudrais aller voir L’Homme Sans Passé de Coppola. Et il y a de nombreux livres que j’aimerais lire. Quand j’aurai un appareil numérique je ferai une photographie des piles de livres que j’ai encore à lire chez moi, et j’en ferai une illustration de ce blog.

Récemment j’ai lu Lettre à D. de André Gortz. Je l’ai lu d’une traite, et l’ai trouvé d’une lecture facile et intéressante. Cette lecture m’a donné envie de lire d’autres livres de cet auteur. Avec le recul, je ne peux m’empêcher de penser que cette déclaration d’amour à sa compagne (j’ai envie de dire déclaration posthume) est presque celle d’un homme qui se réveille, regarde en arrière et se dit, cette femme qui est restée tout le temps à mes cotés, sans qui je n’aurais pas fait la moitié de mon oeuvre, comme j’ai été ingrat avec elle, trop dur, pour elle qui a tant porté, alors que je l’aimais à chaque instant. Ce qui me frappe dans ce livre, c’est qu’il est question d’Elle, mais en même temps, la femme n’apparaît qu’en filigranne, malgré de longues années partagées. Comme si une irréductaible séparation des êtres était au coeur de leur union. Cette femme reste “autre”; son intimité, son être nous échappe. Peut-être est-ce simplement de la pudeur. On devine un comportement extérieur lisse, mais quelles soufrances physiques elle a dû endurer!

Hier soir je lisais La Condition de l’Homme Moderne de Arendt; cela doit faire six mois que j’ai commencé cette lecture, sur les conseils d’un copains msn qui me disait “oui c’est d’une lecture facile…” pas pour moi apparemment; je trouve ce livre très riche en idées, même si je ne comprends pas tous les passages. Avec le recul je me dis que j’aurais dû prendre des notes, mettre sur un coin de papier les quelques idées que j’arrivais à appréhender.

J’estime ne pas pouvoir faire l’impasse sur la raison d’être de ce blog : je crois que c’est une tentative, sans doute assez vaine, de participer à l’aventure interntienne du monde moderne. On étale sa vie privée à un public d’anonymes – et encore, si j’ai la chance d’avoir quelques lecteurs – à défaut d’inviter du monde chez soi ou d’être invité et d’avoir une vie mondaine bien remplie. J’ai envie d’exister, d’être au-delà de la petite femme discrète que j’apparais aux autres, de la petite employée, collaboratrice de untel, la maman de E. (comme disent les camarades de classe de ma plus jeune fille quand je les croise dans la rue), et l’occupante de tel lopin de terre, de tel logement à tel numéro de telle rue.

Il m’apparait comme une manière de faire exister mon incessant bavardage intérieur – mais je ferais peut-être mieux de l’inciter à se calmer, cette petite voix. Ce même bavardage qui fait dire à mes professeurs, puis mon chef “Florence, tu rêves, tu es dans la lune” – et moi de leur répondre depuis peu – “mais il n’y a rien qui se passe”.

En même temps, je me méfie du déballage de l’intime, même s’il me tente terriblement. Je me souviens trop bien de ce qui s’est passé le jour où on ex-mari avait découvert mes carnets , mes tourments de l’époque, et le peu de place que je lui y accordait. Et pourtant je ne peux pas dire que je ne l’aimais pas. Au contraire, notre rupture fut un déchirement.

La découverte de l’intime n’est jamais anodine; je détiens le journal de mon arrière-grand-mère; vers l’âge de 20 ans elle a noircit une vingtaine de pages. Elle y écrit avec sincérité. Sa mère lui avait offert ce cahier, et avait laissé en préambule le poème suivant http://www.recmusic.org/lieder/get_text.html?TextId=7167, sauf que le titre était “Schweige Still” garde le silence, tais-toi, ne te fies qu’à Dieu jamais aux hommes. Sur la denière page écrite du journal, figure quelques lignes écrites par un homme au crayon à papier “Noch Ganz errschüttert von die Lectüre dieser Seiten, will auch ich versuchen, Ihre, Jenerste zu entsagen; wergessen werde ich Sie nie! … Herbst 1915″. Cet homme avait dû connaitre mon grand-père qui avait 10 ans en1915 mais n’était pas son père. Son existence a longtemps été cachée et nous ignorons son nom.

Bonjour tout le monde !

Classé dans : Non classé — by isadora38 @ 9:27

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