Aujourd’hui, j’ai songé à quel point mes amours et aventures ont été dérisoires; que reste-t-il lorsque les moments, les bons et les moins bons sont passés?
D’une aventure dimanche il ne me reste… rien qu’un souvenir fugace.
Heureusement que j’ai eu des enfants.
J’étais surprise ce matin en voyant mon fils sortir de son collège-lycée; il avait changé, quelque chose du petit garçon en lui avait disparu, ses traits se s’étaient affermis, j’en étais contente. Il est fier de sa jeune soeurette; il racontait comment un copain, voyant un groupe de filles plus jeunes dit “ah mais il y en a une qui est belle”, désignant sa soeur – non qu’elle corresponde en tous points aux canons de l’époque, mais, oui, elle dégage quelque chose, elle a l’air si calme, impérieuse et douce, impénétrable, un peu comme son père, sous ses traits lisses, ses cheveux blond et son regard clair.
Ce soir, comme d’habitude, ma petite E. avait du mal à s’endormir. Plus si petite, mais si frêle, au visage délicat et fin, et si tigresse en famille! le soir son esprit s’agite; elle me racontait ses histoires compliquées avec ses copines; et ce camarade, fils d’agent immobilier du coin, qui veut diriger et gronder tout le monde. Je me transforme alors en professeur de yoga et lui fait faire une séance de relaxation, je commence par son visage, je lui dis de laisser sa tête reposer sur son oreiller, de détendre les muscles de son front, de ses yeux, de ses mâchoires, de les laisser se reposer, je continue avec la nuque, le cou, les pieds, les mollets, cuisses, dos, bras, et je finis en lui disant qu’elle est dans un endroit qu’elle aime avec tous ceux qu’elle aime, et en général ses yeux sont clos et elle est endormie. Quand elle était toute petite je lui disais tous les jours qu’elle était la plus merveilleuse des bébés filles. Aujourd’hui elle me disait que seuls les adultes étaient gentils avec elle. Son grand frère la rudoie malgré les interdictions, et sa grande soeur est sans cesse occupée et pressée, et moi, je travaille.
Ce soir, E. a volé un cahier que sa grande soeur employait pour écrire et faire des dessins; elle a rageusement biffé le nom de sa soeur et écrit le sien à la place . Je lui ai dit que ce cahier devait retourner chez sa soeur; elle voulait un cahier – oui c’est d’accord – mais, me répond-elle, je ne sais pas écrire, et je ne peux demander ni à mon frère ni à ma soeur de m’aider (ils sont occupés et pas tendres… en “bons” frères et soeurs face à une petite soeur qui sait diablement bien occuper l’espace familial…). Au fond j’ignore ce qu’elle peut vouloir écrire.
De nouveaux schémas se trament ici sous mon toit et moi je ne vois rien.