Voilà je commence un blog, je dois donc me présenter. Dans la vie réelle, rien ne m’est plus difficile que de parler de moi. Je bute sur un immense blanc, comme si au fond je n’avais pas la moindre idée de qui je suis ; ou plutôt je suis incapable de mettre des mots dessus et de réduire l’écart entre le dehors et le dedans.
Je suis française née à l’étranger et de parents étrangers. Mais qu’on ne se méprenne pas, je suis une occidentale 100% pur sucre. Ici, je ne fais partie d’aucune communauté vraiment, enfin il s’agit surtout d’un sentiment. Les gens se fréquentent entre eux : bourgeois et français de souche partageant la même éducation, bobos de gauches, et par origine aussi. Alors peut-être que je ne me reconnais pas dans mes origines, mes parents sont trop singuliers pour en être de « bons » représentants de leurs pays d’origines. Ils les ont quittés parce qu’il ont trouvé une meilleure place ici, à deux, en France qu’ils n’auraient trouvé dans ‘l’un ou l’autre de leurs pays d’origine.
Ce n’est sûrement pas un hasard si les hommes que j’ai fréquentés étaient très souvent membres d’une communauté, pour pas dire d’une tribu ou clan.
Dans le même ordre je crois, mon frère ma sœur et moi avons été poussés à décrocher les diplômes des meilleures écoles française. Est-ce le reflet de l’ambition sociale de ma mère ou le sentiment d’une nécessité ? le désir de réussir ce qui est présenté comme “le mieux” est sans doute naturel chez un enfant, mais cela eclipse ses désirs propres. Sans doute que cette forme de réussite a rendu mes parents encore plus fréquentables qu’ils ne l’étaient dans la xénophobie ambiante, car celle-ci existe aussi pour les occidentaux étrangers.
Ma mère a toujours poussé ses enfants à choisir la sécurité, un bon diplôme lui semblait un être une sorte de filet de sécurité indispensable ; elle aurait volontiers choisi pour chacun de ses enfants le fonctionnariat. Comme si nous aurions été incapables de survivre grâce à nos seules capacités intrinsèques. Dire qu’elle avait confiance en nous… la confiance en soi s’apprend dès le berceau ; le « attention tu vas tomber » de la mère face au jeune enfant qui escalade une chaise pour la première fois n’est que le début d’un long et insidieux travail de sape.
Pour revenir aux communautés : j’ai connu de la bourgeoisie de province de droite (je m’y suis mariée ), et plus tard, et de beaucoup plus loin, la bourgeoisie marocaine, la bourgeoisie manouche (gitane, c’est un peu un non-sens de les appeler bourgeois, mais tout en étant des gens du voyage, ceux-là sont propriétaires de leurs terres, possèdent des maisons, exercent dans le commerce, se lèvent tôt pour aller travailler sur les marchés, les chantiers ou démarcher des clients, et appliquent leur propre code de savoir-vivre etc…), et la diaspora juive (mais ceux-là de loin et pas longtemps, pour avoir été maladroitement blessée par un qui me faisait sentir à quel point j’étais non grata chez eux, et alors qu’il en allait de même dans les autres communautés citées sans que cela pose de problème dans ma relation à l’autre – peut être parce que je n’ai vraiment été amoureuse que de cet homme juif jusqu’au bout des ongles mais ô combien charmant et attachant).
Accessoirement, être diplômé de telle école, c’est déjà faire partie d’une communauté. Quand je dis que je ne fais partie d’aucune, je mens.