Isadora’s Weblog

novembre 18, 2007

1er jour

Classé dans : Non classé — by isadora38 @ 1:49
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C’est la première fois que j’ouvre un blog et je me sens presque intimidée.

On est dimanche et il fait froid, très froid. Mes mains sont presque violettes et mes pieds sont glacés – c’est le prix à payer pour arriver à faire quelques économies de chauffage cette année. Il fait tellement froid que le thé que je me suis préparé refroidit beaucoup plus vite que d’habitude; à peine versé qu’il est déjà tiède.

Ce week-end je suis seule. Mes enfants sont avec leur père. Mes enfants sont trois, un garçon et deux filles. J’ai encore pesté contre ma plus grande qui laissé sa doudoune à la maison, avec ce froid! elle lui préfère le manteau léger de chez DKNY qui est certes beaucoup plus stylé et à son goût – il faut croire que pour elle avoir froid est une notion secondaire par rapport à celle d’être à la mode. Et moi de risquer de passer pour une mère incompétente.

Depuis début octobre je passe l’essentiel de mes we sans enfants seule; du vendredi soir au dimanche soir. J’essaie d’apprivoiser cette solitude, d’arriver à la vivre sans trop sombrer dans une humeur dépressive. Je cours par tous temps, je médite, je dépense le peu de sous que j’ai, je lis un peu, et vais au cinéma à l’occasion. Je voudrais aller voir L’Homme Sans Passé de Coppola. Et il y a de nombreux livres que j’aimerais lire. Quand j’aurai un appareil numérique je ferai une photographie des piles de livres que j’ai encore à lire chez moi, et j’en ferai une illustration de ce blog.

Récemment j’ai lu Lettre à D. de André Gortz. Je l’ai lu d’une traite, et l’ai trouvé d’une lecture facile et intéressante. Cette lecture m’a donné envie de lire d’autres livres de cet auteur. Avec le recul, je ne peux m’empêcher de penser que cette déclaration d’amour à sa compagne (j’ai envie de dire déclaration posthume) est presque celle d’un homme qui se réveille, regarde en arrière et se dit, cette femme qui est restée tout le temps à mes cotés, sans qui je n’aurais pas fait la moitié de mon oeuvre, comme j’ai été ingrat avec elle, trop dur, pour elle qui a tant porté, alors que je l’aimais à chaque instant. Ce qui me frappe dans ce livre, c’est qu’il est question d’Elle, mais en même temps, la femme n’apparaît qu’en filigranne, malgré de longues années partagées. Comme si une irréductaible séparation des êtres était au coeur de leur union. Cette femme reste “autre”; son intimité, son être nous échappe. Peut-être est-ce simplement de la pudeur. On devine un comportement extérieur lisse, mais quelles soufrances physiques elle a dû endurer!

Hier soir je lisais La Condition de l’Homme Moderne de Arendt; cela doit faire six mois que j’ai commencé cette lecture, sur les conseils d’un copains msn qui me disait “oui c’est d’une lecture facile…” pas pour moi apparemment; je trouve ce livre très riche en idées, même si je ne comprends pas tous les passages. Avec le recul je me dis que j’aurais dû prendre des notes, mettre sur un coin de papier les quelques idées que j’arrivais à appréhender.

J’estime ne pas pouvoir faire l’impasse sur la raison d’être de ce blog : je crois que c’est une tentative, sans doute assez vaine, de participer à l’aventure interntienne du monde moderne. On étale sa vie privée à un public d’anonymes – et encore, si j’ai la chance d’avoir quelques lecteurs – à défaut d’inviter du monde chez soi ou d’être invité et d’avoir une vie mondaine bien remplie. J’ai envie d’exister, d’être au-delà de la petite femme discrète que j’apparais aux autres, de la petite employée, collaboratrice de untel, la maman de E. (comme disent les camarades de classe de ma plus jeune fille quand je les croise dans la rue), et l’occupante de tel lopin de terre, de tel logement à tel numéro de telle rue.

Il m’apparait comme une manière de faire exister mon incessant bavardage intérieur – mais je ferais peut-être mieux de l’inciter à se calmer, cette petite voix. Ce même bavardage qui fait dire à mes professeurs, puis mon chef “Florence, tu rêves, tu es dans la lune” – et moi de leur répondre depuis peu – “mais il n’y a rien qui se passe”.

En même temps, je me méfie du déballage de l’intime, même s’il me tente terriblement. Je me souviens trop bien de ce qui s’est passé le jour où on ex-mari avait découvert mes carnets , mes tourments de l’époque, et le peu de place que je lui y accordait. Et pourtant je ne peux pas dire que je ne l’aimais pas. Au contraire, notre rupture fut un déchirement.

La découverte de l’intime n’est jamais anodine; je détiens le journal de mon arrière-grand-mère; vers l’âge de 20 ans elle a noircit une vingtaine de pages. Elle y écrit avec sincérité. Sa mère lui avait offert ce cahier, et avait laissé en préambule le poème suivant http://www.recmusic.org/lieder/get_text.html?TextId=7167, sauf que le titre était “Schweige Still” garde le silence, tais-toi, ne te fies qu’à Dieu jamais aux hommes. Sur la denière page écrite du journal, figure quelques lignes écrites par un homme au crayon à papier “Noch Ganz errschüttert von die Lectüre dieser Seiten, will auch ich versuchen, Ihre, Jenerste zu entsagen; wergessen werde ich Sie nie! … Herbst 1915″. Cet homme avait dû connaitre mon grand-père qui avait 10 ans en1915 mais n’était pas son père. Son existence a longtemps été cachée et nous ignorons son nom.

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