ça commence à faire longtemps que je n’ai pas fait l’amour; jusqu’à présent j’avais été assez satisfaite de ne jamais dépasser le stade des trois mois totalement à jeun, même si parfois ce qui rompait la période d’abstinence était une passade dénuée d’intérêt. Je dépasse désormais ce cap, sans encombre ou presque.
Alors forcément, par moment, ça me travaille; une voix masculine suffit à me mettre en émoi. Je repense aux moments du passé.
J’ai débuté mes relations charnelles avec les hommes dans le parc de Sceaux. Ce n’était pas vraiment mon premier baiser, mais le premier vrai baiser, celui qui vous touche parce qu’il éveille les sens. Ce n’était pas une relation amoureuse : il était le mec le plus coureur et sexy que je connaissais. Une année côte à côte en classe nous avait rapproché, même si je l’avais déà repéré l’année d’avant – quand je le voyais avec une autre, j’avais ressenti cette pointe de jalousie caractéristique des vraies attirances. Il n’avait même pas eu besoin d’éliminer en camarade que j’aimais beaucoup – mais d’esprit seulement – et qui lui, était sincèrement épris ; de là à dire que je n’étais qu’une dinde… cela reste une question à laquelle je me garderai de répondre.
donc ce soir de juin dans le parc de Sceau, sur une plaisanterie : il s’était porté volontaire pour venir faire un footing avec moi. ça a dérappé; je l’avais cherché; il m’avait emballée et j’en était fort gaie (en bonne dinde facile et bientôt farcie) ; planqués sous les buissons, le gardien avait dû nous débusquer à la sortie.
les seuls vrais bon moments avec lui sont ceux que j’ai passé dans les lieux les plus incongrus – cuisine d’étage de telle école; les douches de la maison des mines; mais finalement ça a peu duré et il n’y a pas eu beaucoup d’occasions.
Je me demande avec le recul si ce qu’il y avait de meilleur dans ce qu’il m’avait offert n’était pas ce sublime sandwich au poulet qu’il m’avait lui-même préparé un soir – non qu’il fût mauvais amant loin de là mais je n’étais pas assez mûre pour apprécier ses talents à leur valeur, – il avait sans doute un talent inexploité de cuisinier.
Je n’ai jamais fantasmé sur l’idée de faire l’amour dans les douches de la maisons des mines de la rue saint-Jacques, mais maintenant, quand j’y passe pour quelque raison autre, je me souviens de ce lieu avec le sourire. J’aime être surprise par quelque chose d’insolite car porté par la force du seul désir – un désir tellement fort qu’on est prêt à se planquer dans les toilettes pour se retrouver sans heurter le sens commun.
Les toilettes aussi j’ai connu – pas tous mais certains toilettes des étages de chambre de bonne de certains immeubles parisiens ; un amant d’un moment en était le spécialiste; je me souviens de cet immeuble rue Papillon, je trouvais le nom si joli. C’est terrible cette idée de faire des cochonneries dans les toilettes; quoique les toilettes du Crillon valent le détour avec leurs faux marbres et les petites serviettes éponges blanches que l’on peut tenter de glisser dans son sac en toute discrétion (idéal pour essuyer les bouches des marmots le matin quand ils ont terminé leur tartine de nutella).
Il ne m’est jamais rien arrivé dans un ascenceur, sinon de rougir; je rougis quand je crois que si l’homme qui est en face se jette sur moi, je serai incapable de lui résister, et qu’il pourrait même me faire l’amour en public si ça lui chantait – à moins que ce ne soit n fantasme exhibitionniste refoulé de ma part – allons donc… après tout écrire un blog et parler de son intimité est exhibitionniste, quelque chose de névrosé, profondément.
Avant d’aller dormir, au moment de la prière du soir, une pensée pour les églises, et ces petites cages de bois fermées où les gens allaient à confess – bon ça doit être tout petit là dedans à deux; et comment faire pour s’y glisser discrètement et sans faire de bruit (déguiser l’homme en curé???).
Pourquoi est-ce quand je suis le plus sexuellement agitée que je me réfugie le plus dans la fraîcheur et le calme (relatif) des églises? à cet égard, cela fait longtemps que je n’y ai mis les pieds!
je n’ai pas terminé les bavardages sur ce sujet – mais si vous en voulez davantage, cher lecteur, il serait bon de m’y encourager…